Janet

























Au matin, j'aurais passé les doigts dans ses cheveux
Plusieurs fois
Laissé ma paume les effleurer pour en arrêter la couleur
Elle aurait fermé les yeux et repoussé jusqu'au bord des falaises
Le silence que nous occupions depuis si longtemps
Elle aurait su
Et m'aurait cédé une part de son fardeau, les punitions démesurées
Choisies pour cautériser les bouches de ceux qui saignent trop souvent
J'aurais pu dormir enfin et nous nous serions assises
Toutes emmêlées dans les fibres des mots
Condamnées à la réclusion dans la fibre des mots
Mais pas tristes
Ni épuisées
J'aurais su
Et ce que les murs qui nous enlacent protègent
Je l'aurais su
Les résonances dans nos boîtes crâniennes
 Trop étriquées pour les chevauchées abruptes
Et la mer
L'extrême solitude confortable comme la seule évidence
Apprise par nécessité
Et ses récits renaissant sans attendre
Des entrailles de ceux qu'on a tant regardé
J'aurais oublié
Les noms et elle aurait déchiré les pages
Chacune à notre tour
Nous aurions pu nous accrocher les poings aux cordages des phrases
Et nous balancer
Nous n'aurions jamais négligé la lumière
Ni son absence






À Janet Frame 









 Juillet 2016