Madame Satie










En allant, derrière le bleu de couteau de ses prunelles
Chercher les mystères qui m'appartiennent
J'aurais bordé ses insomnies de la soie vive de mes lavallières
Nous aurions regardé les foules en leur tournant le dos
Et dilapidé notre pécule en huîtres de Belon
Autour de ses paroxysmes méticuleusement festonnés
J'aurais enroulé les fils de ma songerie
Et nos mains, chacune un peu rhumatisante
Auraient fermé les portes aux intrusions de ceux qui savent
Nous gardant indemnes, dans une semi-obscurité
Pour les naissances non désirées
Nous n'aurions jamais su l'heure avec méthode
Mais respecté sans en parler
Des engagements encore inconnus à nous-mêmes
Comme s'il en pleuvait ; des nuées d'idées féroces ou impromptues
J'aurais au soir fredonné quelques-unes des Gnossiennes
Et pleuré chaudement sur les cohortes de talents inconnus
Ayant sombré sans bruit au fond du port d'Honfleur
Le Fa dièse aurait fait vibrer de toute sa fatuité
Des groupes d'amis qu'il aurait fui quand il était trop tard
Je l'aurais soutenu aux détours glissants
Des fonds sans borne de la solitude
Il m'aurait demandé parfois un peu de mousse
J'aurais su lui dire qu'on s'en passe aussi
Et sur ce radeau fermé à l'importun
Nous aurions transpiré nos plus belles pages dans un joli silence
Perdus, l'un et l'autre
Pour les bourdonnements imprécis de notre cause commune




À Erik Satie











Mai 2016