Recouvrir le monde


























 Si ce qui semblait essentiel s'est dispersé par brassées entières
Au vent d'évidences méconnaissables
Est-ce parce que des valeurs inconnues ont recouvert celles qui me portaient
Une surface seulement, est-ce ce qui nous crée ?

Je me penche chaque jour et ne vois qu'une plaine
Où la seule tiédeur est celle d'un sang qui coule
Où l'inouï de la forfaiture glisse d'un bout de l'horizon à l'autre
Et où la densité du crime et du mensonge est réduite à quelques mots jetés pour recouvrir le monde

Qu'est devenu l'esprit
Avec lui la connaissance du fait qui nous mine et nous transcende 
Celui de notre vacuité ?
Notre force de destruction a écrasé notre savoir

Je croyais  qu'il s'agissait d'une simple poussée
Qui aurait éloigné quelques temps les méandres
De la curiosité de l'autre, de la curiosité de soi
Mais les yeux qui écoutent sont morts et rien ne les a remplacés
L'espace habité maintenant d'un bruit de fond sans note
N'a plus d'écho au cri, plus aux gémissements
Pris dans des millions d'images minuscules
Lovées, raidies dans les creux de la main


























Janvier 2016